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L’expertise diligentée par le CSE est une étape cruciale dans le cadre de la consultation du CSE. Dans cette édition de notre News Théma, nous vous proposons un décryptage des principaux enjeux et des dernières jurisprudences rendues en matière d'expertise.
Bonne lecture !
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Limite aux pouvoirs du CSE d'établissement en matière d'expertise
Dans cette affaire, le comité social et économique d'une UES avait été consulté concernant un projet de cession impactant plusieurs sites. Le CSE d'un établissement concerné avait décidé, par délibération, d'une expertise, estimant que le projet de cession constituait un projet important modifiant les conditions de travail et de sécurité des salariés de l'établissement.
Saisie par les sociétés de l'UES, la Cour de cassation a toutefois estimé que le CSE d'établissement n'avait pas un droit général à l'expertise, laquelle ne peut être décidée que lorsque les conditions visées à l'article L. 2315-94 du Code du travail sont réunies. Ainsi, le CSE d'établissement ne pouvait pas faire appel à un expert s'il ne démontrait pas des mesures spécifiques en termes de conditions de travail pour les salariés de son périmètre.
Cass. soc., 20 septembre 2023, n°22-11.464
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2
Le recours à une expertise par le CSE peut être abusif
Un CSE avait voté le recours à un expert dans le cadre d’une alerte économique.
L’employeur contestait cette délibération. Il faisait notamment valoir que l’expertise n’avait pas d’intérêt dans la mesure où le CSE avait déjà récemment fait appel à plusieurs experts.
Les juges du fond et la Cour de cassation ont donné raison à l’employeur. Pour juger que l'expertise avait un caractère abusif, les juges ont retenu que :
- le CSE était déjà suffisamment éclairé par l'expertise comptable précédemment ordonnée à l'occasion de l'information/consultation sur la situation économique et financière de l'entreprise ;
- le CSE avait décidé de recourir à 14 expertises en 2,5 ans, dont 3 dans le cadre du droit d'alerte économique.
Cass. soc., 11 septembre 2024, n°23-12.500
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3
Auditions et témoignages des salariés dans le cadre d'une expertise pour risque grave
L'audition de salariés ne requiert pas l'accord préalable de l'employeur
Le CHSCT d’un hôpital avait fait appel à un expert en raison d’un risque grave.
Dans le cadre d'un contentieux multiple, la direction tentait d'obtenir devant le tribunal judiciaire la réduction du coût de l’expertise compte tenu "du nombre démesuré d'entretiens avec les membres du personnel prévu par l'expert (...)". La direction faisait notamment valoir que l'expert ne disposait d’aucun droit à organiser des entretiens avec le personnel, sur le lieu de travail.
Allant plus loin que ce qu'elle avait jugé jusqu'à présent en cas de recours à un expert-comptable dans le cadre de la consultation sur la politique sociale, les conditions de travail et l’emploi (voir Cass. soc., 28 juin 2023, n°22-10.293), la Cour de cassation a considéré ici que "l’expert désigné dans le cadre d’une expertise pour risque grave, s’il considère que l’audition de certains salariés de l’entreprise est utile à l’accomplissement de sa mission, peut y procéder à la condition d’obtenir l’accord des salariés concernés", sans avoir besoin de l’accord préalable de l’employeur.
Cass. soc., 10 juillet 2024, n°22-21.082
Des témoignages anonymes peuvent être utilisés
Un CSE d'établissement souhaitait recourir à une expertise pour risque grave. Pour justifier la nécessité de recourir à un expert, il avait utilisé des témoignages anonymes. L'employeur avait saisi le tribunal judiciaire pour contester cette demande d’expertise.
Sur pourvoi du CSE, la Cour de cassation a rappelé que si le juge ne peut pas fonder sa décision seulement, ou de manière déterminante, sur des témoignages anonymes, il peut néanmoins prendre en considération des témoignages anonymisés. En l'espèce, la Haute Cour a estimé qu'il y avait lieu de retenir les témoignages litigieux dès lors qu'ils avaient été anonymisés par le CSE d'établissement aux fins de protection des témoins contre d'éventuelles représailles et parce que ces témoignages étaient étayés par d'autres pièces.
Cass. soc., 11 décembre 2024, n°23-15.154
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L'expertise diligentée par le CSE d'une société peut être étendue au groupe
Une société avait engagé une procédure d'information/consultation sur les orientations stratégiques de l’entreprise, au cours de laquelle les élus du CSE avaient sollicité une expertise. La société avait contesté le coût de l’expertise, considérant qu’il était disproportionné en raison de l’extension de cette expertise au niveau du groupe.
Tout comme l'avait fait le tribunal judiciaire, la Cour de cassation a toutefois estimé que le champ de l’expertise pouvait effectivement porter sur la situation et le rôle de la société au sein du groupe auquel elle appartenait, pour débouter l'employeur de sa demande.
Cass. soc., 9 avril 2025, n°23-16.503
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La contestation de l'expertise
Expiration du délai de contestation de 10 jours
Lorsque le CSE décide de recourir à une expertise, l’employeur peut contester la nécessité de l'expertise, le choix de l'expert, l'étendue ou la durée de l'expertise, ainsi que son coût prévisionnel ou final, dans un délai de 10 jours.
Le délai imparti à l’employeur pour contester une expertise CSE étant exprimé en jours, il ne commene à courir qu'à compter du lendemain de la délibération ou de la notification qui fait courir chacun des recours prévus par l'article L. 2315-86 du Code du travail.
Par ailleurs, dès lors que le délai expirerait normalement un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, il devrait être prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant.
Délai de contestation du paiement
Dans cette affaire, une société contestait le paiement d’expertises décidées par le CSE, au motif qu’il s’agissait d’expertises libres dont le CSE devait en principe assumer le coût.
La Cour de cassation a rappelé ici qu'aux termes des articles L. 2315-86 et R. 2315-49 du Code du travail, le délai de 10 jours de contestation de la nécessité d’une expertise court à compter du jour où l’employeur a été mis en mesure de connaître sa nature et son objet.
En l'espèce, l'employeur avait été mis en mesure de connaître la nature et l'objet des expertises à partir des réunions du 28 février et 21 mars 2019. La saisine ayant eu lieu le 2 août 2019, l'action en contestation était irrecevable, le délai étant expiré.
Cass. soc., 18 octobre 2023, n°22-10.761
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